Découverte

Accueil
2 rue de l'Év?ché
F-84110 Vaison la Romaine
Provence France
aphv.vaison@gmail.com www.aphv.fr
Accueil
module d'extension
adobe ~ flash
© 2010 - 2012 APHV
cc
Inscrivez-vous pour recevoir des nouvelles de la Haute Ville
Sign up to receive news from the Haute Ville
cc

Un passage secret ?

     Une question revient très souvent dans les “conversations de calades“ de la Haute Ville. Entendons, “discussions entre résidents“.

     On raconte qu’il y aurait un souterrain aboutissant au château... oubliettes… passages secrets… Aussitôt, nos âmes d’enfant se réveillent. C’est un fait, lorsque l’on côtoie journellement des pierres aussi vénérables que celles de la Cité Médiévale de Vaison, l’imagination va bon train. Légendes ? Soupçons ? Vérité vraie ? Or, l’historien sait que, souvent, sous une légende se cache une part de vérité. Je vous convie à percer, du moins à tenter de percer, un des secrets de la Haute Ville, en partant sur mes traces. Place à l’enquête…

Première étape. Les archives municipales.

     Il était tout d’abord nécessaire de connaître les ouvrages déjà écrits concernant la Haute Ville. Deux études universitaires attirent mon attention. Il s’agit du mémoire de maîtrise d’I. Cartron, historienne, sur ‘le château comtal deVaison’, soutenu en 1989, et du diplôme de fin d’étude de B. Brunel-Ayme, sur la ‘topographie historique de Vaison la Romaine’, présenté en 1999. Les analyses de ces deux recherches, quoique souvent contradictoires, sont pleines d’enseignement concernant l’évolution de l’urbanisation de notre Cité. Une troisième lecture m’a permis de mieux comprendre la société de la communauté vaisonnaise dans la deuxième moitié du 18ème siècle : le mémoire de Mme Bezin-Monin, soutenu en 1979.

     Dans ces lectures, il n’y a aucune trace de souterrain, autre passage secret… Déception… Et pourtant…

… Alors que je pensais courir après une chimère, je tombe sur une traduction d’un document d’archive qui m’intrigue. Il est daté de 1584. On y apprend que la décision est prise de construire un ravelin, du château à la posterle, c’est-à-dire l’entrée de la Haute Ville. Tiens, tiens !!!…


     1584 : période sombre pour les Vaisonnais. L’insécurité règne, car les guerres de religion font rage, et les habitants se souviennent encore de l’invasion du chef protestant Gouvernet en 1577. A ces guerres s’ajoutent des épidémies de peste. On comptait alors plus de 1100 habitants, tous regroupés sur la colline du château, symbole défensif et lieu de refuge. Dans ce contexte d’insécurité, l’architecture militaire se développe, et les murailles enfermant presque totalement la cité sont renforcées ou réparées.

     Le percement de portes et l’édification de tours (Grand portail, portail de Clare, portail Neuf et tour de Montbrun) sont décidés. Des transformations urbaines sont réalisées à cette époque à l’intérieur des remparts, notamment par la création de places (placette Forma, autrefois Plate-Forme, sur la propriété du sieur de Montbrun), la construction du palais épiscopal de Guillaume de Sheysolme en 1585, et de nombreux hôtels particuliers car, malgré ces temps de guerre, Vaison est riche. C’est donc dans ce contexte mouvementé que la décision de construire un ravelin est prise par le représentant du Pape (le vice-légat) et l’Assemblée siégeant à l’Hôtel de Ville, dans la petite salle du beffroi. (deuxième Maison Commune, la première ayant été repérée sur la place du Poids) .

     Qu’est-ce que ce ravelin, et à quoi servait -t-il ?

     Le document parle d’une ‘rue droite’ ou encore ‘rue montante’ au château. Cette artère rectiligne permettait d’évacuer le château et les habitants du bourg le plus rapidement possible, sans passer par les rues principales (Grand’Rue, aujourd’hui rue de l’Evêché et rue de l’Eglise, rue des Fours) parallèles aux courbes de niveau et dont on imagine aisément leur encombrement : charrettes, cochons, poules, chiens, ânes, détritus de tous ordres… Autant de freins à une évacuation rapide en cas de danger, sans compter les risques d’incendie !

     Mais il est bien précisé dans le document que, dès que le danger serait écarté, c’est-à-dire dès le retour à la paix, le ravelin serait rebouché. Merci pour les historiens !!!

     Mais alors, où passait ce ravelin ? Le texte ne le dit pas. Il faut donc poursuivre nos investigations sur le terrain, et faire preuve d’imagination, tout en aiguisant notre sens de l’observation.

     Partons à la recherche d’indices en commençant notre promenade à partir du château. En effet, un plan avait été établi par B. Brunel-Ayme, qui avait tracé un axe hypothétique du ravelin entre l’entrée du château et un point situé à une dizaine de mètres en aval du beffroi. Arrivés au sommet, plusieurs constatations s’imposent :


     Au niveau de la muraille nord du château , il devait exister un passage, une brêche aujourd’hui murée.



     Si l’on se retourne pour admirer le panorama depuis cet endroit précis, en direction du nord on constate qu’un axe nord-sud passe à quelques mètres du beffroi, et que c’est bel et bien le chemin le plus court pour rejoindre la vallée de l’Ouvèze. Mais déception, il n’y a aucune trace de ce passage au sol, sur ce rocher dénudé…


     Observons l’alignement des maisons, d’abord dans leur élévation. Sont concernées aujourd’hui les maisons bordant au sud et au nord la rue des Fours en aval de la Montée du Château. Il semble que des maisons plus récentes et plus basses auraient été construites, comblant un espace entre des maisons très anciennes. Quant à l’alignement au sol, il y a bien un retrait de la construction sud, sorte de placette encadrée de vieux murs. En face, on ne distingue rien, et on peut se demander comment et par où descendait le ravelin avant de gagner la ruelle de la Molette, qui se trouve exactement sur notre axe ? Peut-être cette ruelle construite toute droite passait-elle sous les maisons ? Cette hypothèse apporterait de ‘l’eau au moulin’ à la légende des souterrains, des passages secrets en direction du château !!!

     Ce scenario confirme également que la ruelle de la Molette serait la partie la plus visible du ravelin, aujourd’hui disparu.

     Enfin, le ravelin coupait la Grand’Rue, aujourd’hui rue de l’Evêché, et dévalait la pente entre des constructions qui ont maintenant laissé place au jardin de l’hôtel du Beffroi. Une fois la barbacane franchie, il suffisait de prendre ses jambes à son cou pour échapper à l’ennemi.

     Ainsi, à partir de petites anecdotes qui se colportent au gré des calades de la Haute Ville, les vieilles pierres nous ont conduites vers documents d’archives, écrits contemporains, et promenades à travers notre Cité. Au cours de ces balades, ponctuées de surprises, j’ai pu constater, une fois de plus, que l’on connait bien peu de choses, et que le mystère des temps passés reste à peu près intact. C’est peut-être pour celà que la Haute Ville a tant de charme….

Y. May

Le Ravelin